Limoges, la Ville Rouge

Limoges, la Ville Rouge

Limoges, « la ville rouge », l’origine de l’expression se situe dans la seconde moitié du XIXe siècle. Pauline Roland (1) la qualifia de « Rome du socialisme. »


Les évènements d’avril 1848, sont parmi ceux qui fondent cette réputation, en particulier, lorsque les ouvriers s’insurgent contre les résultats des élections, ils détruisent les P.V. des élections, occupent la ville, désarment la garde nationale et pillent les armureries. Pendant un mois la ville est une sorte de République autonome. Le Préfet de la Haute-Vienne écrit en septembre 1848, « Limoges est peut-être la ville de France où le socialisme a jeté ses plus profondes racines. Nulle part il n’a rencontré des adeptes plus convaincus. »


En avril 1871, une brève Commune de Limoges intervient, les ouvriers s’emparent pendant quelques heures du pouvoir, mais c’est surtout à partir des années 1880, que l’anticléricalisme, l’antimilitarisme et le socialisme se développent définitivement dans la ville.


L’industrialisation, et le développement des secteurs de la porcelaine et de la chaussure (figures des deux ouvriers que l’on retrouve sur le monument aux morts de 14-18 ) qui représentent respectivement jusqu’à 13 000 et entre 2 et 3 000 ouvriers, transforment l’espace urbain et entraînent des luttes sociales d’importance.

 


La naissance de la C.G.T à Limoges

 

Les grèves atteignent leur apogée dans les cinq premières années du XXe, où elles sont déterminées par des conflits d’autorité. Parallèlement les ouvriers ont développé des organisations corporatives, cumulant différentes fonctions : mutuelles, fonds de chômage, défense des intérêts professionnels…

En septembre 1895, la création de la CGT, par des « militants impécunieux et résolus [qui] avaient choisi Limoges pour donner au prolétariat l’outil qui lui manquait : une centrale syndicale organisée, doublement étayée sur la région et la profession » intervient donc dans la ville.

 

 

 

La lutte de 1905

La lutte de 1905

 

C’est dans les deux grandes usines de porcelaine Haviland, avec la réclamation par les ouvriers du renvoi de 2 contremaîtres, que débute le conflit. Les patrons refusent cette requête et 21 patrons porcelainiers décident le 13 avril, la fermeture de leurs usines, pratiquant un lock-out qui met à la rue des milliers d’ouvriers porcelainiers. Les manifestations des ouvriers en guise de protestation, aboutissent à des occupations momentanées d’usine, à des affrontements avec l’armée et à l’édification de barricades, en particulier le samedi 15 avril. Précédemment, dans l’usine Théodore Haviland, des mannequins symboliquement décapités sont brandis, tandis que l’automobile du patron est incendiée. Des armureries sont pillées dans la nuit du 15 au 16 avril et une bombe explose devant le directeur de l’usine Charles Haviland.

 

Suite à l’arrestation de 4 individus suspectés d’avoir volé des armes, une nouvelle manifestation précédée des drapeaux rouge et noir part du cirque théâtre, pour aboutir dans la soirée devant la prison, où la porte est enfoncée. La troupe appelée pour dégager le champ de foire, tire sur les manifestants. Camille Vardelle, jeune porcelainier est tué net. Ses funérailles vont réunir près du tiers de la population limougeaude.



Une réputation bien ancrée

 

Limoges, « la ville rouge », l’expression réapparait dans le discours du chef des Croix de Feu, le colonel de La Rocque, lors de sa venue dans la propriété d’un industriel de la porcelaine en juin 1935.


En novembre 1935, lors d’une réunion des Croix de Feu, ligue nationaliste structurée sur un mode militaire, des affrontements interviennent entre contre-manifestants de gauche et militants Croix de Feu. Ces derniers tirent sur leurs adversaires, blessant grièvement les militants de gauche, dont un décède de ses blessures.


(1) : Pauline Roland : militante socialiste engagée dans le mouvement d’émancipation de la femme, elle prend part à la révolution de 1848.


Sources :
Jean-Marc Ferrer et Philippe Grandcoing, une histoire de Limoges, 2003.
Vincent Brousse, Dominique Danthieux et Philippe Grandcoing, 1905, le printemps rouge de Limoges, 2005.


Limoges, la ville rouge doit son nom également au fait que lorsque les clapets des 135 fours à porcelaine étaient ouverts, les flammes illuminaient le ciel et donnaient à la ville une belle couleur rouge.